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Trois questions à Gwenaël Le Paih, secrétaire académique du SNES-FSU (interview de l'Avenir version longue)

 

Le ministre Luc Chatel a défendu le bilan d’une «rentrée réussie». Vous partagez son «enthousiasme» ?   Non, la rentrée n’est pas réussie ! Elle s’est même révélée catastrophique. A l’inflation des effectifs a répondu une pénurie de professeurs. La combinaison de la réforme des lycées et des suppressions de postes a semble t- il considérablement affecté les lycées, le maillon le plus fragilisé du secondaire. 32 ETP  ont été perdus alors que les lycées accueillaient 500 élèves supplémentaires. Dorénavant il n’est plus rare d’avoir des classes à 36 élèves. Depuis 2008, en termes de moyens d’enseignement, c’est l’équivalent de 6 lycées de 750 élèves qui ont disparu. Cette réalité altère gravement la qualité des enseignements en interdisant un véritable suivi individuel.   La politique de non-remplacement d’un fonctionnaire sur 2 n’en finit pas de désorganiser l’Education Nationale. Malgré un recrutement de 700 non-titulaires, à la rentrée, des classes n’avaient pas encore tous leurs professeurs. Au 13 septembre, le nombre de contractuels atteignait 1200, soit 10% des enseignants et CPE de l’Académie. Des signaux alarmants s’allument : Rennes n'est plus la première académie pour les résultats du bac : Nantes et Strasbourg la devancent pour le bac pro et le bac général et le nombre d’élèves sans qualification sortant du système scolaire stagne. Peu à peu, l’Académie de toutes les réussites devient l’académie de toutes les économies.   La réforme des maitres a profondément changé les conditions d’entrée dans le métier !!!   Contrairement à leurs prédécesseurs qui assuraient 6 à 8 heures d’enseignement par semaine dans le secondaire, les stagiaires, depuis la rentrée 2010, travaillent à plein temps devant les élèves. Ils ne bénéficient plus de l’année de stage couplant service allégé et formation professionnelle en alternance. Paradoxe surprenant, la formation qui s’ajoute à leur temps complet conduit les professeurs stagiaires à assurer un emploi du temps plus chargé que celui d’un professeur chevronné. Le récent rapport Jolion  commandé par le gouvernement conclut à l’échec de cette réforme. Entrer dans le métier avec une perspective de salaire au rabais explique fort probablement la crise de vocation constatée  à l’inscription aux concours. D'après un récent rapport de l’OCDE, l’enseignant français gagne en effet moins que ses voisins européens...   Selon vous, quelles seraient les premières mesures à exiger du gouvernement issu des urnes de 2012 pour un véritable service public d’éducation?     Le SNES défend un Plan d’Urgence pour la rentrée 2012. Ce plan comprend une augmentation des recrutements, la réouverture du dossier de la formation des maîtres et une revalorisation des métiers y compris par le salaire. Nous proposons un moratoire pour la réforme du lycée et de l’enseignement technologique. Aux élections de 2012, nous serons attentifs aux réponses des candidats à ce plan d’urgence pour l'éducation.