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Enseigner, un métier qui s’apprend ! par Evelyne Forcioli, secrétaire du SNUIPP 35

Assurer la démocratisation de l’école, garantir la réussite de tous les élèves, lutter contre l’échec scolaire nécessite une évaluation du niveau de formation et de qualification des enseignants. Mais la réforme mise en place par le ministère est axée essentiellement sur les savoirs disciplinaires au détriment de la formation professionnelle. La polyvalence qui fait la spécificité du métier d’enseignant du primaire est niée. Les disciplines scolaires sont renvoyées à l’année de stagiaire après le concours. Et cette « formation » se limite à une adaptation à l’emploi. Ce sont les élèves les premières victimes de ce système. Il n’existe aucun cadrage national et la formation risque d’être différente suivant les académies. Le gouvernement justifie cette réforme par une « revalorisation des débuts de carrière. Mais les annonces sont bien loin d’une véritable valorisation et ne pourront compenser la perte de l’année de formation rémunérée et le recul d’un an de recrutement. Le ministère, dans la circulaire organisant l'année de stagiaire, a renoncé à l'accompagnement par les maîtres formateurs les premières semaines de rentrée. Cela va encore dégrader la formation. Exit donc les déclarations du chef de l’État reconnaissant la nécessité de « remettre sur le chantier les éléments de formation » ; qu’importe les remarques et les propositions de tous les acteurs de cette même formation ; foin des attentes exprimées par la grande majorité des stagiaires...  Faute de directives claires, chaque Inspecteur d’Académie déclinera à son gré et selon ses moyens, l’organisation de l’année ; certains ont décidé de maintenir un dispositif de pratique accompagnée. Dans le département d’Ille et Vilaine, nous avons pu conserver le même fonctionnement : les stagiaires seront dans les classes des maîtres-formateurs jusqu’au mois de novembre. Ensuite certains d’entre-eux prendront une classe à l’année et d’autres seront sur des postes de brigade et effectueront des remplacements(1).   Enseignants précaires ? Face à la pénurie de remplaçants liée aux insuffisances des recrutements et aux suppressions de postes, le ministre de l’Education nationale envisage, après l’appel aux retraités, de recourir aux étudiants pour faire face aux besoins de remplacements. Cette annonce montre la méconnaissance du ministre du métier de professeur des écoles et son mépris pour le professionnalisme des enseignants. La réussite des élèves ne peut s’accommoder de bricolages aussi irresponsables ! Le ministre prétend cacher le manque d’enseignants en offrant aux étudiants se destinant au métier d’enseignant l’occasion de se former sur le terrain. C’est sans doute la pire des méthodes de formation : sans préparation, sans connaissance préalable de la classe, sans réflexion postérieure au stage, sans bénéficier de l’expérience de l’IUFM.  (1)Dans une enquête réalisée par le SNUipp-FSU, 8 stagiaires sur 10 se disent mal préparés à l'exercice du métier. Il est urgent de reconstruire complètement une véritable formation professionnelle des enseignants.